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![]() TOGO RAPPORT DES SEMINAIRES : FONDEMENTS DE LA NON-VIOLENCE ACTIVE ET EVANGELIQUE Atakpamé : 9 – 12 août 2006 «…Scruter la nuit et invoquer le jour, au ras de
l’actualité ... » 1.Préalables 1.L’origine des invitations Depuis des années, le MIR s’est senti interpellé
par la situation politique, sociale et humaine du Togo. Il y a de cela un an, le MIR a été invité à venir animer des sessions de formation à la non-violence par deux groupes : le CRAC (Cercle de Réflexion et d'Action pour Christ), situé à Atakpamé, et l’Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo, en lien avec le MJS, (Mouvement Justice et Solidarité, membre du Conseil oecuménique des Eglises), à Lomé. Le MIR a pu répondre favorablement à la première
de ces deux demandes et, durant le mois d’août 2006,
une session a été organisée à Atakpamé,
en collaboration avec le CRAC. Mais, malheureusement, n’ayant
pas encore obtenu le financement nécessaire pour l’animation
d’une session pour le MJS, la formation destinée à
ce groupe a été reportée au printemps 2007. Cependant,
saisissant l’occasion de la venue du MIR au Togo en août,
Justice et Paix Togo a mis en place avec le MIR une formation
à Sokodé.
Il est nécessaire de resituer le contexte politique et social du Togo, qui, depuis ces derniers mois, a traversé de très grands bouleversements politiques et humains. Après la mort de l’ancien président du Togo, Eyadema Gnassingbé, en février 2005, des élections ont eu lieu en avril 2005. Ces élections furent précédées d’actes d’intimidation visant l’opposition politique et les églises, qui n’avaient de cesse de réclamer des élections transparentes, justes et démocratiques. Or, les élections furent marquées des fraudes, confirmées par les observateurs internationaux (à l’exception de ceux du gouvernement français qui n’ont rien vu passer. On peut supposer qu’il leur manque les repères fondamentaux en la matière ou que le gouvernement est aveuglé par ses propres intérêts). Quand les résultats furent contestés par de nombreux citoyens dans la rue, ces protestations furent violemment réprimées par l’armée. L’état togolais parle de 58 morts, Amnesty International avance le chiffre de 811 morts. Le chiffre réel est sans doute encore plus élevé. A cela s’ajoutent 32000 réfugiés, partis vers le Bénin et le Ghana voisins, 16000 déplacés à l’intérieur du pays et des maisons, voire des quartiers entiers, saccagés pour intimider la population. Nos médias ont rapporté les violences qui ont eu lieu à Lomé. Mais en dehors de la capitale, d’autres villes ont été très affectées, dont Sokodé et Atakpamé, où se sont situés nos séminaires. A Atakpamé, nous avons pu visiter la maison saccagée du leader de l’opposition. Lui-même a pu s’enfuir quelques instants avant l’arrivée de l’armée. Un petit garçon de 7 ans environ, qui était sur le site à ce moment-là, nous a montré le poulailler où il s’était caché avec ses deux petites sœurs à la venue de l’armée. On nous a montré un quartier de la ville qui a été
entièrement détruit et des cours des maisons, par exemple
celle de l’OCDI (Organisation de la charité pour le développement
intégral), qui ont servi de refuge et de premiers camps de réfugiés.
Cette situation a cependant marqué aussi un moment d’éveil
pour une bonne partie de la population : éveil à
une solidarité et un courage extraordinaires, pendant et après
les évènements, une prise de conscience aigue de l’urgence
d’une prise en charge de la situation sociale : éduquer
les enfants, impliquer les femmes dans l’amélioration des
conditions de vie, lutter contre le chômage, favoriser l’animation
rurale dans des enclaves comme l’Akébou, évangéliser
pour témoigner de l’infinie valeur de chaque vie et de la
responsabilité liée à cette vie.
Les exactions de l’année dernière ont eu pour conséquence la mise en place du « Dialogue intertogolais ». Durant ces derniers mois, des représentants de la société civile, des églises et de l’opposition ont été consultés, par l’intermédiaire du Burkina Faso. Ces consultations ont culminé le 20 août avec la signature d’un accord politique global à Lomé, en présence de Blaise Compaoré, le président burkinabé qui a contribué à cet accord, des ministres des pays voisins comme le Ghana et le Bénin et des représentants de l’Union Européenne et de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l`Afrique de l`Ouest). Les accords portent sur les thèmes suivants : La mise en place d’une nouvelle Assemblée nationale à
l’issue d’un processus électoral transparent, juste
et démocratique, Cet accord représente une nouvelle étape.
La démocratisation devient possible, il est devenu légitime
d’en parler et d’avoir dorénavant un point de repère
commun, qui situe le Togo dans le cadre du droit international opposable
à tous. 2. Les sessions 1. Cadre et participants Environ 50 personnes ont pu participer à ces 2 sessions, qui se tenaient à Atakpamé et Sokodé pendant le mois d’août. Tous les participants étaient choisis par les organisateurs pour leur engagement concret sur le terrain et leur capacité à mobiliser et former d’autres personnes. Ils venaient des associations suivantes : * Le CRAC: Cercle de réflexion et d'action pour Christ, Le programme des journées se composait: d’une prière du matin, sur le thème du jour, préparée par les participants ; de travaux en petits groupes et en plénum ; d’exposés suivis de discussion ; d’exercices physiques qui sont des mises en situation, suivies d’analyses ; du visionnage de trois documentaires, suivi de discussion et des célébrations. 2. Objectifs
3. Contenu
Un autre élément délicat est la co-existence de la culture traditionnelle et de la culture occidentale, qui crée déjà les ruptures d’une société à deux vitesses. A ceci s’ajoute la culture de l’évangile, terreau de notre compréhension de la non-violence active. Ceci a motivé une parenthèse sur l’inculturation, qui reconnaît à chaque culture l’existence d’une part de la vérité et des valeurs évangéliques, mais qui reconnaît aussi que l’évangile vient questionner toutes nos cultures en vue de les faire évoluer. La discussion a montré combien il était important de ne pas renforcer ces ruptures et de situer non seulement chaque être humain, mais aussi chaque culture, comme un organisme qui évolue et d’affirmer que Jésus semble avoir prévu cela, y compris les difficultés que cela implique. Un élément important de la non-violence est de mettre ces cultures et différences en dialogue. Suite au documentaire « Vérité et Réconciliation », une bonne partie de la discussion a porté sur le chemin personnel qui peut aider la victime à dépasser ce stade, à devenir d’abord survivant, et « care-giver » ensuite. (Réflexion fondée sur un manuel élaboré par les Mennonites en Afrique du Sud en 1995 pour le travail avec des groupes de victimes). Dans une ville si affectée par la violence il y seulement 15 mois, ce thème préoccupe surtout les animatrices de groupes de femmes. Ce même documentaire a donné lieu à une autre discussion : la réconciliation prépare le terrain pour une démocratisation, parce qu’elle intègre la différence3 (exemples de Anton Ceta au Kosovo et de Gandhi avec les intouchables). Notre public à Atakpamé était œcuménique. Nous avons donc travaillé sur l’importance de l’œcuménisme dans la démocratisation des anciens pays communistes en Europe de l’Est (Allemagne de l’Est, Roumanie). Parler de réconciliation dans un contexte tel que celui du Togo aujourd’hui est un défi énorme, à la fois sur le plan personnel et sur le plan sociétal. Dans ce cadre, il est nécessaire pour les participants aux sessions de mener une réflexion objective, mais, au-delà, il est essentiel de leur donner le temps et les moyens de toucher du doigt la résonance de ces réflexions dans leur vies personnelles. Parfois, pour y arriver, une discussion ou un topo ne suffisent pas. Un temps en silence, une célébration sont plus adaptés car ils s’adressent à la personne dans sa globalité et situe l’apprentissage, l’intégration à un niveau encore plus profond. Une célébration met la vie au centre et permet de toucher là où les arguments n’arrivent pas toujours. Elle a ainsi un potentiel de guérison et ouvre des horizons pour l’avenir. Une célébration renforce la cohésion entre les participants. Nous avons donc vécu deux temps de célébration : Le premier se déroula de la façon suivante. Le soir, nous étions en cercle de chaises autour d’un feu. Après une lecture des Ephésiens 2,14-17, nous avons simplement transmis une croix de l’un à l’autre. La seule consigne : pendant qu’une personne tient la croix, tous les autres prient avec elle, pour sa croix personnelle, mais aussi pour la croix de la société, qu’elle aide à porter. Les personnes étaient libres de vivre ce moment en silence ou de dire une prière spontanée. Ce tour a duré plus d’une heure … des prières, des chants spontanés et des moments de silence intense s’alternaient. Un simple verset, suivi du Notre Père, a conclu la célébration : « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49).
Quant à notre second temps de célébration, qui nous permit de clore nos sessions, ce fut un lavement de pieds. La personne qui choisit la non-violence comme mode de vie et d’action n’est pas supérieure aux autres. Elle devient serviteur, servante des autres et de la société, et à son tour elle aura aussi besoin de leur service, de leur prière et de leur présence. Le lavement de pieds met en valeur chaque personne et montre qu’elle est importante et capable de contribuer. Nous avons commencé la célébration par une histoire togolaise : « Quand Dieu créa la lune et les étoiles », un très bel exemple qui permet d’illustrer le fait que certaines valeurs sont déjà présentes dans une culture. Quelqu’un nous a dit : « Cette clôture marque un début. » « …Scruter la nuit et invoquer le jour, au ras
de l’actualité… » Des hommes et des femmes qui n’ont pas fui la nuit, qui l’ont partagée avec leurs concitoyens, avec leurs frères et sœurs ; cependant des femmes et des hommes qui ne se sont pas soumis à la nuit, qui ont essayé de comprendre dans les petites choses comme les grandes, et qui aujourd’hui guettent le jour, qui acclament les premiers signes de cette aurore et qui se mettent à construire la suite ; qui, avec prudence, défient la loi du silence et qui parlent car « rien ne fut sans la parole »4, la nôtre aussi, et qui deviennent ainsi co-créateurs, co-créatrices de l’actualité et de notre monde. C’est à elles, à eux que nous adressons notre profond respect, notre gratitude et notre amitié,
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| Mouvement International de la Réconciliation - 68, rue de Babylone - 75007 Paris - Tél. : 01 47 53 84 05 - Fax : 01 45 51 40 31 | ||||||||||||||||||||||||||||||||